Zazie dans le métro

Zazie dans le métro

Zazie, petite fille délurée à la langue bien pendue, débarque à Paris pour passer quelques jours chez son oncle Gabriel. Son obsession ? Prendre le métro.

Fiche technique - Zazie dans le métro
Résumé du film

Zazie arrive à Paris pour passer quelques jours chez son oncle Gabriel. Sa mère la lui confie avec un objectif clair : qu’elle prenne le métro. Mais Paris est en grève, le métro à l’arrêt, et le rêve de Zazie se transforme aussitôt en frustration. À partir de là, le film devient une course folle à travers la capitale. Zazie s’échappe, provoque, insulte, observe. Elle traverse des cafés, des rues, des attractions touristiques, croise une galerie de personnages grotesques et incontrôlables.

A propos de Louis Malle

Louis Malle occupe une place singulière dans le cinéma français. Trop indépendant pour être un pur représentant de la Nouvelle Vague, trop éclectique pour être associé à une école précise, il trace très tôt sa propre trajectoire. Après Ascenseur pour l’échafaud (1958), film noir moderne porté par la musique improvisée de Miles Davis, puis Les Amants (1958), scandaleux succès international, Malle s’impose comme un réalisateur audacieux, prêt à prendre des risques esthétiques et moraux.

Ce qui caractérise son cinéma, c’est une curiosité permanente :

Avec Zazie dans le métro, Louis Malle surprend encore : il abandonne le drame psychologique pour une farce déchaînée, presque expérimentale, qui rompt brutalement avec le cinéma français traditionnel du tournant des années 60.

Du roman de Raymond Queneau au film

Zazie dans le métro est l’adaptation du roman de Raymond Queneau. Le roman est basé essentiellement sur la langue parlée, l’argot, les déformations phonétiques, le plaisir du mot tordu et du non-sens. Louis Malle comprend qu’il ne pourra pas en faire une adaptation fidèle. Il choisit une autre voie afin de traduire l’énergie du texte en langage cinématographique. Les jeux de mots deviennent des gags visuels, le rythme verbal devient un montage frénétique, l’absurde linguistique se transforme en burlesque visuel. Le film n’a pas pour objectif de représenter fidèlement le roman, mais plutôt d’entrer en conversation avec lui. Tandis que Queneau bouscule la langue française, Malle bouleverse quant à lui les conventions du cinéma traditionnel.

🎞️ Bande-annonce du film
Les personnages : une galerie grotesque

Zazie (Catherine Demongeot) : véritable tornade. Insolente, brutale, intelligente, souvent cruelle. Elle représente une enfance sans filtre, qui ne respecte ni les conventions sociales ni le langage policé. Zazie parle comme elle pense — et ce qu’elle pense n’est pas toujours aimable.

Gabriel (Philippe Noiret) : personnage à contre-courant. Doux, effacé, artiste de cabaret travesti, il brouille volontairement les repères de genre et d’autorité. Gabriel est sans doute le personnage le plus humain du film, presque le seul adulte tolérable aux yeux de Zazie.

Albertine : figure de la respectabilité bourgeoise, rapidement ridiculisée. Elle incarne l’hypocrisie sociale que le film s’amuse à dynamiter.

Les policiers : omniprésents, inefficaces, grotesques. Ils poursuivent tout le monde sans jamais comprendre quoi que ce soit. L’autorité devient ici un pur mécanisme absurde.

💡 Le saviez-vous ?
C’est tout le paradoxe du film : malgré son titre, Zazie dans le métro est un film sans métro. La grève, omniprésente mais jamais montrée frontalement, devient un ressort narratif majeur. Le métro est moins un lieu qu’un objet de désir frustré, symbole d’un monde adulte prometteur mais défaillant.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Raymond Queneau n’attendait pas de Louis Malle une transposition littérale de son roman. Il savait son texte fondé avant tout sur le langage écrit et la sonorité des mots. L’écrivain salua le film pour avoir respecté l’esprit plutôt que la lettre, reconnaissant dans le burlesque visuel une équivalence cinématographique à ses jeux linguistiques.
Louis Malle a revendiqué une mise en scène inspirée du cartoon et du cinéma burlesque. Accélérés, mouvements mécaniques, poursuites répétitives : certaines scènes ont été pensées comme de véritables gags animés en prises de vues réelles, rompant avec toute idée de réalisme.
Dans le film, les policiers semblent se multiplier à l’infini… mais donnent l’impression de ne former qu’une seule entité. Ce choix renforce l’idée d’une autorité anonyme, absurde et mécanique, qui poursuit sans comprendre, agit sans réfléchir, et finit toujours par se ridiculiser.
Interprété par Philippe Noiret, Gabriel est un artiste de cabaret qui se travestit sur scène. À l’époque, ce personnage a dérouté, voire choqué une partie du public. Aujourd’hui, il apparaît comme l’un des personnages les plus modernes du film, incarnant une douce subversion des normes de genre.
Le film a marqué de nombreux cinéastes pour sa liberté formelle. Son mélange de chaos, d’absurde et de satire sociale annonce certaines audaces du cinéma des années 60-70, et sera souvent cité comme exemple de cinéma ludique mais radical.
Le tournage fut relativement classique, mais le montage est devenu l’étape décisive du film. C’est là que Louis Malle accentue la discontinuité, multiplie les ruptures de rythme et transforme une adaptation littéraire en objet cinématographique autonome.
Contrairement aux récits initiatiques traditionnels, Zazie ne tire aucune leçon de son aventure. Elle commence et termine le film avec la même insolence. Une manière pour Malle de refuser la morale finale et de préserver l’enfance comme force critique intacte.
Une œuvre déroutante et moderne

Lors de sa sortie, Zazie dans le métro a suscité des avis partagés en raison de son caractère bruyant, anarchique et insolent. Aujourd’hui, ce film est reconnu pour son aspect moderne, préfigurant l’émergence d’un cinéma plus libre, ludique et irrévérencieux. Il se distingue par son rejet du récit classique, sa préférence pour une approche chaotique plutôt que conventionnelle, et son affirmation de l’excès comme choix artistique assumé.

Conclusion

Avec Zazie dans le métro, Louis Malle réalise un film unique et inclassable, bousculant les habitudes du cinéma français. Cette comédie déjantée, parfois fatigante mais souvent lumineuse, se distingue par sa liberté permanente. Peut-être que Zazie ne montera jamais dans le métro, mais elle nous invite à une aventure où le cinéma ose enfin s’affranchir des traditions.