Résumé
Au XIXᵉ siècle, Victor Frankenstein, jeune scientifique brillant et obsessionnel, parvient à créer la vie à partir de la matière morte. Horrifié par sa propre création, il l’abandonne immédiatement. Livrée à elle-même, la créature découvre le monde, la solitude et le rejet, cherchant désespérément à comprendre son existence et à trouver une place parmi les hommes. De cette fracture originelle naît une tragédie où créateur et création sont condamnés à s’affronter.
Critique
Frankenstein est un film américano-mexicain réalisé par Guillermo del Toro et sorti en 2025. Il s’agit d’une adaptation du roman Frankenstein ou le Prométhée moderne de Mary Shelley, publié en 1818, œuvre fondatrice de la littérature gothique et de la science-fiction moderne.
Guillermo del Toro nourrit depuis longtemps le désir d’adapter Frankenstein. Dès 2007, le cinéaste évoquait déjà son projet de livrer une version fidèle au roman de Mary Shelley, loin des représentations purement horrifiques popularisées par le cinéma classique. Son ambition était claire : retrouver l’esprit tragique et philosophique du texte original, qu’il rapproche volontiers des grandes œuvres de John Milton, tout en citant le scénario de Frank Darabont pour Frankenstein (1994) de Kenneth Branagh comme l’une de ses références majeures.
Del Toro respecte effectivement la structure du roman dans la construction de son récit. Le film se déploie en deux mouvements distincts. La première partie se concentre sur Victor Frankenstein, son obsession pour la science, son désir de transcender la mort et sa fuite morale face à sa propre création. La seconde partie se recentre progressivement sur la créature elle-même, dont le point de vue devient central. Ce basculement est l’un des choix les plus forts du film : très rapidement, le créateur s’efface au profit de sa création, reléguant Victor Frankenstein à un rôle presque secondaire.
La créature, quant à elle, s’éloigne radicalement des incarnations iconiques du passé, notamment celle de Boris Karloff. Del Toro refuse toute figure monstrueuse figée dans l’imaginaire collectif. Son Frankenstein est un être douloureux, fragile, presque sacré, dont le corps raconte déjà l’échec et la souffrance. Plus qu’un monstre, il devient une conscience en formation, découvrant le langage, l’empathie et la cruauté humaine. Le cinéaste filme cette errance avec une profonde compassion, faisant de la créature le véritable cœur émotionnel du film.
Visuellement, Frankenstein s’inscrit pleinement dans l’esthétique gothique chère à Guillermo del Toro. Décors somptueux, textures organiques, jeux d’ombres et de lumières composent un univers à la fois oppressant et mélancolique. Chaque plan semble travaillé comme une peinture, donnant au film une dimension presque muséale. Cette maîtrise formelle renforce la cohérence de l’ensemble, mais participe aussi à l’un de ses principaux écueils.
Car le principal défaut de Frankenstein réside bien dans son rythme. La narration est lente, très contemplative, parfois excessivement. Del Toro privilégie l’atmosphère et la symbolique à l’efficacité dramatique, au risque de perdre une partie du spectateur en chemin. Certaines séquences, bien que magnifiques sur le plan visuel, s’étirent sans toujours faire progresser le récit ou approfondir les enjeux émotionnels. La lenteur, d’abord hypnotique, finit par devenir pesante.
Ce choix de mise en scène n’est pas incohérent : il s’inscrit dans une volonté assumée de proposer un film méditatif, presque funèbre, davantage proche du conte philosophique que du film d’horreur classique. Mais cette approche exige une attention constante et une certaine disponibilité du spectateur, ce qui peut expliquer le sentiment de distance émotionnelle ressenti par moments.
Malgré ces limites, Frankenstein demeure une œuvre profondément sincère, habitée par les obsessions de son auteur. Del Toro livre un film qui parle moins de science que de responsabilité, moins de monstruosité que de rejet. En plaçant la créature au centre du récit, il rappelle que le véritable drame de Frankenstein n’est pas la transgression scientifique, mais l’abandon.
Conclusion
Œuvre imparfaite, parfois trop contemplative, Frankenstein n’en reste pas moins une adaptation ambitieuse et respectueuse du texte de Mary Shelley. Un film qui divise, mais qui mérite d’être vu et discuté, tant il s’inscrit comme une pièce essentielle dans la filmographie de Guillermo del Toro.